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Sourd ou muet, il n'est pas infirme

Il est mal aimé.

Immanquablement, le bassin technologique dans lequel vous et moi sommes nés crée une distance entre notre cinéma et celui des premiers temps. Lorsque nous avons la possibilité d'entendre la conversation téléphonique des personnages ou de voir la couleur de la chemise de la protagoniste, nous n'avons pas envie de retourner à un cinéma sans couleur, sans son, sans artifice. Les films muets, quel intérêt? Ils sont ennuyeux, le jeu est gros, les histoires sont simplistes, le montage est dérangeant, et c'est épuisant de devoir lire entre les scènes pour comprendre ce qu'il se passe à l'écran. Du moins, c'est ainsi que nous le percevons, ce cinéma par lequel tout a commencé. Car avant cela, les images en mouvement n'étaient rien d'autre que des attractions foraines, où l'histoire, les subtilités scénaristiques, n'avaient aucune importance. On voulait du wow, de l'émerveillement, pour éviter que le spectateur ait le temps de réfléchir. Au fond, peut-être que les films qui passent au Cinéplex aujourd'hui se rapprochent plus des vues de la fin du XIXe siècle que du cinéma de la première moitié du XXe siècle... Alors ce ne seraient pas les années qui nous distancient, mais plutôt les barrières de l'esprit?

 

Je m'explique.

Nous sommes gâtés. Très gâtés. Trop gâtés. La simple idée de devoir imaginer les sons et les voix est épuisante pour nous. Le cinéma muet... Michel Chion et S. Daney l'ont pourtant dit: Il n'est pas muet ce cinéma, il est sourd! Et sa surdité n'est pas un handicap: elle porte en elle le rêve, l'imagination. Tout se passait à l'intérieur même de l'individu, le silence était bruyant, voire cacophonique, rempli de ce que la tête et le cœur des spectateurs hurlaient, véritable hallucination auditive collective. Les dialogues en eux-mêmes n'ont que très peu d'importance, au fond. C'est l'histoire, les valeurs, l'idée que le réalisateur tente de transmettre qui importent. Le reste, c'est superflu. Les suggestions du réalisateur peuvent ainsi se mélanger aux perceptions du spectateur, pour donner une voix, parfois inattendue, au film. Le montage des attractions d'Eisenstein le prouve bien! Une image A, suivie d'une image B traduit une idée C. La manière dont le cerveau met en lien les images est propre à chacun, et donc l'idée C peut avoir subit un peu d'interférence, depuis le travail du réalisateur jusqu'à l'analyse du spectateur. Travailler ainsi dans l'incertitude, laissant place à toutes les interprétations influencées par le milieu et l'époque dans lesquels l'oeuvre est projetée ne peut faire autrement que de rendre ladite oeuvre intemporelle. Les plus belles histoires commencent où la rationalité maladive se termine pour laisser place aux divagations de l'esprit.

 

C'est pourquoi je vous suggère d'essayer.

Faites l'exercice, vous verrez! À l'écoute de ces films, il semble que les couleurs apparaissent peu à peu et que les personnages se mettent à parler, c'est miraculeux. On s'y habitue, et même plus, on y prend goût. Et si ce n'est pas votre cas, au moins vous pourrez dire que vous n'aimez pas ça en connaissance de cause.

 

Alors, chers kinoïte et sublimes curieux, bonne écoute.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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