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DÉPAYSÉ - Un retour sur la projection du film PAYS de Chloé Robichaud

 

 

Il fallait bien que ce soit deux gars de Kino Estrie qui fassent la critique d’un film écrit, réalisé, tourné et joué par des femmes… Blague à part, la conversation d’après film avec la réalisatrice a été intéressante. S’il y a bien une chose que nous aimons en tant que public, c’est de comprendre les intentions des responsables du projet. Nous avons donc été ravis de faire la lumière sur les questions qui nous sont venues pendant l’écoute du film.

 

Dans un cadre politique où les trois personnages principaux sont en conflits moral et familial, les personnages gèrent les situations qui s’opposent à elles d’une manière différente, selon la génération dont elles sont issues. Ce triptyque de protagonistes hors d’époque se retrouve sur une île (un pays fictif), qui à la fois les oppose et  les rassemble, d’une certaine manière. La politique semble être le moteur principal du film, encadrée d’une direction artistique caractérisée par un montage sec, des plans inspirés des années 1980 et un choix musical, le jazz, qui détone.

 

Le but de Chloé Robichaud était de faire sentir à son public que le pays fictif de Besco était figé dans le temps. La direction de la photographie utilise des codes de tournage remontant aux années 1980, par exemple des plans avec utilisation de zooms (trop) évidents. Ces choix artistiques peuvent s’avérer difficiles à accepter pour le spectateur lorsque celui-ci ne sent pas qu’ils contribuent à la progression de l’histoire, ou qu’ils le détourne de celle-ci. Même le montage est, par moments, un peu brouillon, nous précipitant dans des situations ou des scènes inusitées, sorties du néant. C’est sans compter la multitude de thèmes et de lignes directrices qui ont été abordées tout au long du film. À la fin, on se retrouve haletants, non-pas parce qu’on se sent illuminés, mais bien parce qu’on se demande ce qu’était le but du film. Comme on dit en bon frança’ : « où c’est qu’ça s’en va c’t'affaire-là ».

 

Autre source de confusion : la musique. La première fois qu’on remarque sa présence c’est lors de la rencontre des différents ambassadeurs qui se préparent à leur joute politique. La musique nous met dans l’impression qu’un grand cirque s’installe et que cette mise en scène n’est que parade et apparat. Jusque-là, ça va. Seulement, la même trame sonore revient plus tard, dans un contexte qui ne s’y prête pas : la musique perd alors le sens originalement compris, pour laisser place à un choix musical justifié par les goûts personnels du réalisateur, qui ne contribue pas au film comme tel. Sans vouloir faire preuve de mauvaise foi, la non-continuité de certains codes établis par la réalisatrice a fait perdre un peu de la valeur dans la passation de l’histoire, que ce soit ou non tourné en 35 mm.

 

Passons au scénario, un peu fragile dans la présentation et la dynamique entre les personnages. Le manque de chimie dans la plupart des dialogues enlève un peu de l’envie de s’immerger complètement dans le film. La scène où la chimie est la plus présente entre deux personnages se passe … au téléphone. Vous voyez le genre… Il faut dire que ce manque de chimie était, au moins partiellement, désiré par la réalisatrice, qui avoue avoir utilisé « masque » comme mot clé dans la direction de ses acteurs. Compréhensible pour un film qui aborde la politique comme thème. Dans le film, le personnage de Macha Grenon arbore ce masque du sourire et de la solidité, figé et sans réelle chaleur. À cet égard, la réalisatrice a réussi son coup. Là où ça se gâte, c’est lorsque les acteurs se heurtent à ce jeu des masques, et qu’ils ne parviennent plus à trouver de chimie entre eux. Cela donne lieu à des dialogues empreints de malaise et constipés, que les personnages se forcent à avoir entre eux.

 

Autre point un peu dérangeant : malgré l’intention de placer des femmes dans une position de pouvoir et de les mettre en valeur dans un milieu où le conflit des genres n’est que trop présent, on s’est tout de même borné aux stéréotypes sans aborder le fond du sujet. On ne veut pas reprocher à la réalisatrice de ne pas avoir abordé le féminisme comme thème principal, mais il nous semble que lorsque le film sert d’emblée le discours de « …T’as un beau visage, tu vas aller loin en politique », on peut s’attendre à une prise de position claire plus tard dans le film. Au lieu de quoi, les trois personnages féminins se retrouvent pris dans un conflit familial, qui devient rapidement très émotif et qui brime leur vie professionnelle. Du jamais vu...? Pas certain. Mention spéciale aux deux derniers politiciens à avoir quitté la vie politique pour des raisons familiales : Pierre Karl Péladeau et Jean-Martin Aussant.

 

Si vous allez voir ce film, gardez en tête le principe des masques et des oppositions entre les générations politique. Chloé Robichaud voulait que ses trois personnages montrent trois chemins ainsi que trois étapes de vie différents. La jeune de 25 ans, relève d’une politique en changement. La médiatrice, marque d’une femme qui choisit la carrière plutôt que la famille par ses croyances et son engagement politique. Puis, la présidente qui sacrifie sa carrière pour sa famille, après l’avoir mise de côté trop longtemps. D’une certaine façon, elles se ressemblent : toutes veulent apporter du changement dans le monde et les trois se heurtent à la réalité du lobbying et à une politique à prédominance masculine. Les choix que chacune font sont empreints de leur bagage et de leur maturité respective : c’est d’ailleurs ce qui rend le film intéressant. PAYS aborde l’opposition des genres, des générations et des manières de faire de la politique. Au programme : la question identitaire d’un peuple, son développement à long terme et la question d’une économie forte. Même si le scénario a été écrit il y a 4 ans, il nous donne une légère impression de terrain connu.

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