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L’instinct du malaise humoristique : PRANK de Vincent Biron

 

 

Bande-annonce de Prank

 

Vincent Biron nous offre un premier long métrage remarquablement bien joué et bien dirigé. Les acteurs ont une belle présence et on embarque dans ce grand bateau de la naïveté et de la prise de conscience. Ce qu’on ressent à l’écoute de Prank, c’est le travail incroyable par les 4 scénaristes, incluant le réalisateur. Il y a une intelligence à ces jeunes qui accumulent niaiserie après niaiserie autant dans certains propos que dans les choix de vie. On ne peut pas simplement faire un film où les tours pendables en sont le moteur. La question est plus profonde sur la quête identitaire, sa place dans ce monde de grands et sur l’appartenance. L’humour de tout ça est bien véhiculé par le choix de la direction photo et du rythme du montage.

 

Immaturité et raison

Comme il est aussi possible de le dire : le fond, c’est la forme qui ressort. La simplicité du film amène rapidement et avec facilité l’attachement envers le personnage principal, Stefie, nous transporte dans une histoire qui joue entre la voie de la raison et celle de l’impulsivité.

Contrairement aux trois autres personnages colorés de Martin, Jean-Sé (Jean-Sauce pour les intimes) et Léa, celui de Stefie vient chercher l’adolescent en pleine puberté vivant son premier amour vivant toujours au fond de nous. Aujourd’hui ou autrefois, nous avons tous été de façon relative un Stefie. C’est donc en suivant le jeune adolescent que nous observerons son inclusion dans un groupe d’amis plus âgés, qui rient du malheur des autres.

 

Le trio d’extravertis se démarque par leur impulsivité, leurs vêtements plutôt spéciaux et non esthétiques ainsi que par leur humour, différent de celui de Stefie. Ce sont des personnages qui vont être tantôt attachants, tantôt frustrants.
Hormis celui de Léa, l’unique fille du groupe. Celle-ci est un mélange de tendresse et de distanciation. Bref, ce sont des personnages très en contraste par rapport à Stefie. Ainsi, l’attachement envers ce jeune garçon est indéniablement volontaire.

 

Pour ce qui est de l’histoire, celle-ci est teintée d’une dualité entre le « je-m’en-foutisme » et la voie de la raison. En fait, le groupe ne réalise pas toujours l’ampleur qu’ont leurs actions sur la vie des autres et ne prend donc pas conscience de ce qu’il est possible de faire et de ce qu’il ne faut pas faire. Par rapport aux blagues qu’inflige le groupe de jeunes, cela débute par des petits coups ici et là, puis évolue jusqu’à quelque chose de plus grand, plus ambitieux que tous les autres pranks. La question de la portée des petits gestes est tout de même soulevée pendant un de leur buzz. Il y a donc une ouverture vers le passage d’un comportement plus mature, voire adulte. Cependant, c’est une porte qui se retrouvera fermée par la suite, du moins pour une certaine période de temps on le suppose. On peut déduire que Stefie est en fait la voie du non-excès, et que le trio initial est celle représentant la non-réflexion.

Les conséquences de leurs actes semblent les rattraper progressivement et de façon plus importante après chaque coup, poussant Stefie à douter de la « valeur » de ceux-ci. Font-ils vraiment cela pour rire des gens et ainsi faire rire les autres? Ou le font-ils davantage pour se prouver quelque chose à eux-mêmes? Il y aura plusieurs remises en question, portant à des réflexions aussi de notre propre côté.

 

L’art de la simplicité

Lorsque ton scénario est bon et que tes acteurs incarnent bien tes personnages, tu te dois de choisir un traitement cinématographique qui les avantage. Le réalisateur, Vincent Biron, est d’abord directeur photo. C’était normal qu’il soit le responsable de la direction de la photographie de son propre film, puisqu’il voulait une équipe réduite pour le tournage. Une équipe réduite lui donnait un avantage sérieux : une grande créativité et liberté lors des tournages. Il avait l’occasion de passer plus de 7h sur une scène qui dure autour de 1 minute à l’écran. C’est une liberté que les acteurs ont de moins en moins avec les contraintes budgétaires des productions. Une grosse équipe veut dire plus de bouches à nourrir, plus de travail de coordination et moins de facilité de changer le cadrage d’une scène sans que 4 départements soient dans l’obligation de tout bouger. Cette simplicité de tournage réussit à mettre de l’avant tout le talent des acteurs. Les points forts sont souvent les quelques monologues qu’on peut retrouver de Jean-Sé ou d’un vieil homme qui doit annoncer une mauvaise nouvelle. On sent une sensibilité des personnages, ils ont pris le temps de le jouer. Une chose qu’on voit de moins en moins dans les téléséries, car les échéanciers sont serrés et ont d’ordinaire droit qu’à une prise ou deux. Il faut saluer le réalisateur qui a su prendre le temps de tourner chaque plan jusqu’à la satisfaction des acteurs et de lui-même. Pas de compromis.

En discutant après le film avec Vincent Biron, on comprend comment le travail d’équipe a nettement contribué à la qualité du film. Par exemple, son monteur lui a fait une proposition qui l’a forcé à un travail supplémentaire de 15 jours en production de peintures sur bâche pour imager le monologue de Jean-Sé lorsqu’il nous parle passionnément de films héroïques des années 80’ (Predator, Kickboxer et Die Hard). Il l’a fait, car il savait que cela allait bonifier le film. Il a fait confiance à son monteur comme il a fait confiance à ses scénaristes tout en gardant son grain de sel dans le produit final.

 

Le film a plusieurs forces et il est difficile d’en choisir qu’une seule, puisque le scénario, le montage, la direction photo, le jeu d’acteur, la réalisation et la musique ne font qu’un. La trame sonore est un mélange surprenant de classique et de trash. Ce film est beau autant qu’il choque. C’est une essence qui décrit bien la période de l’adolescence, recherche constante d’une identité quelconque et promise. La musique contribue beaucoup au type d’humour que le réalisateur préconise; une sorte de malaise très assumé qui finit par être drôle. On ne voudrait donc pas être dans leurs souliers. Ainsi, le beau mélange de moments mornes et dynamiques est la force de Biron, à voir entre autres Les choses horribles.

 

 

 

Nous entrons dans un air où les équipes de tournage deviennent plus petites, même si ça demande plus d’énergie des parties impliquées, ça semble donner une plus grande liberté de création comme l’a fait René Beaulieu avec Le garagiste et Jimmy Larouche avec Mon ami Dino.

 

 

Adulescence

PRANK, c’est le moment où nos actions déterminent notre passage de l’enfance à l’âge adulte. Ça nous remet aussi en place la génération d’adulescent que nous sommes. Toujours à vouloir rester jeunes, nous rappeler des films de notre enfance, ce qui nous a marqué. Ça nous rappelle notre côté joueur et immature que nous nous voyons regretter à force de responsabilités et de comptes à payer.

Peut-être que ça devient la marque de passage dans les thèmes régulièrement abordés dans le cinéma québécois. Si dans la forme, on va voir de plus en plus souvent des films à équipe réduite on peut sûrement espérer une renaissance dans le cinéma québécois plus léger et festif sans oublier nos questionnements de fonds identitaire qui marque l’histoire de notre nation.

 

 

 

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