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«Le peuple ne sait pas encore qu'il est malheureux. Nous allons le lui apprendre»

Noir. Le plus long noir que j'ai vu au cinéma je crois.

Vide. Confrontée à moi-même durant de longues, trop longues minutes.

Musique orchestrale qui prépare à la poésie et la violence qui suivront dans les trois prochaines heures. 

 

Puis le titre apparaît, comme une bombe larguée, destructrice : Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau.

 

À mi-course: l'intermède. Qui permet à ceux qui ont décidé de se laisser confronter d'accepter leur sort, et à ceux qui s'y refusent, de se lever et quitter. Mais la véritable violence et brutalité ne laisse pas toujours ce choix. Certains sont forcés de rester assis, immobiles et cristallisés dans leur malheur.

 

Telle est la première chose que je retire de mon écoute de cette oeuvre qui fait déjà beaucoup jaser, lors de la projection spéciale en présence de l'équipe du film samedi soir dernier à Montréal. Je me suis d'ailleurs accrochée aux artisans de l'oeuvre une fois celle-ci terminée. Beaucoup de questions qui ne pouvaient rester sans réponse. J'avais été avertie. 

 

Images d'archives. Danse contemporaine. Poésie. Grands monologues et chœurs théâtraux. Le corps, utilisé comme une entité qui traduit la vulnérabilité de l'être humain, son humiliation, et sa déchéance. Le corps qui est le véhicule de l'union ultime de quatre âmes profondément blessées. 

 

Ceux qui font les révolutions a commencé à se frayer un chemin dans les esprits des réalisateurs Mathieu Denis et Simon Lavoie au lendemain des manifestations étudiantes du printemps érable. Ils se sont posé la question: Qu'est-il arrivé de ces étudiants maintenant que le mouvement s'est affaissé? Que reste-t-il de tout ça? Et finalement en 2014, le scénario était écrit. Scénario entièrement fictionnel, qui ne joue pas sur le réalisme ou la représentation juste de la jeunesse révolutionnaire de «L'après-printemps érable». Il s'agit plutôt d'un film qui se questionne sur l'idéalisme et l'engagement, à plus grande échelle. Selon ses créateurs, bien qu'elle ait été faite par des Québécois, pour des Québécois, l'oeuvre voit plus grand, va plus loin, traverse les frontières et, ils espèrent, deviendra universelle à toutes les époques. 

 

Pour ce qui est du côté formel, de la stylistique déroutante du film, surtout pour une production québécoise, les réalisateurs disent avoir été inspirés par «l'audace et la hardiesse des films étrangers». Au Québec, la demi-mesure est quelque chose de prépondérant au niveau de l'audace formelle. On veut bien se mouiller, mais seulement le petit orteil. L'eau froide, ça ne nous plaît pas trop. Alors Denis et Lavoie ont décidé de sauter tout d'un coup, avec ce film baroque, qui se retrouve constamment dans l'excès et la démesure. Pousser à bout, transgresser. Tel était leur objectif. D'ailleurs, une telle production a poussé plusieurs spectateurs à se demander jusqu'à quel point les quatre acteurs principaux, Charlotte Aubin, Laurent Bélanger, Émanuelle Lussier-Martinez et Gabrielle Tremblay, étaient prêts à ce qui les attendait. À cela Lussier-Martinez a répondu que le tournage ne permettait aucun compromis. Que s'ils avaient décidé de faire les choses à moitié, ils auraient eu l'air bien plus fou. Le lien entre les acteurs était très fort, tous liés par ce désir de prendre soin de quelque chose d'intangible, selon Aubin. Il leur fallait donc trouver l'équilibre entre l'humanité, sa démesure, et la délicatesse de cette démesure. 

 

Tout au long, le film est gorgé de citations, présentées sous toutes sortes de formes. Selon les réalisateurs, lier les images et le texte a été un processus organique, résultat d'années de lectures de Luxembourg, Sartre, Césaire et autres. Leur oeuvre a donc été construite comme un essai, plus qu'une fiction traditionnelle. Les sources sont variées et appuient le propos, ou au contraire le déconstruisent, par des oppositions entre l'image et le message. Les extraits documentaires insérés ont d'ailleurs cette même fonction, idéologique et poétique, pour ainsi lâcher toutes sortes de petites bombes sur le spectateur, aux moments opportuns. 

 

Je m'arrêterai donc ici, car je veux vous laisser vivre votre propre expérience de ce film «coup de poing», terme utilisé par toutes les critiques du film jusqu'à maintenant, mais qui semble être le plus juste pour décrire ce long métrage. Long métrage qui selon moi ne porte pas sur le printemps érable, ni même sur toute autre révolution politique ou sociale, autant que sur quelque chose de plus grand encore. Le contexte de l'oeuvre dépasse largement la trame dans laquelle il est implanté. Il s'agit d'un film qui joue dans les paradoxes et l’ambiguïté, et qui, selon ses réalisateurs, creuse dans les névroses collectives. Il n'a pas été créé pour plaire, mais pour confronter. 

 

Je vous propose donc d'aller vous laisser confronter à votre tour. Le film est en salle à la Maison du cinéma jusqu'au 9 février. 

 

 

De gauche à droite: Mathieu Denis, Laurent Bélanger, Charlotte Aubin, Simon Lavoie, Gabrielle Tremblay et Emmanuelle Lussier-Martinez. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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