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Charlotte a du fun

March 21, 2018

 

Dans son dernier long-métrage, arrivé en salles quelques jours seulement avant la journée internationale de la femme, Sophie Lorain aborde un sujet sensible: la sexualité féminine. On n’aurait pas pu imaginer meilleur moyen pour en parler que la venue de ce superbe film. Réalisé avec brio (par une femme, yes!), Charlotte a du fun est une comédie rafraîchissante, amusante et accessible, mais surtout nécessaire en ces temps d’ajustements collectifs de notre rapport à la sexualité.

 

 

Au début du film Charlotte a du fun, Charlotte (Marguerite Bouchard), 17 ans, n’en a pas, de fun. Elle vit sa toute première peine d’amour. Avec ses amies Aube (Rose Adam) et Mégane (Romane Denis), elle se retrouve par hasard dans un magasin de jouets. Paradis pour les enfants, le magasin "Jouets Dépôt" devient aussi le jardin d’Eden des trois filles. Pas à cause de sa marchandise, mais bien à cause de ses employés. Les filles y sont toutes trois vite embauchées et Charlotte se met à s’amuser, jusqu’à ce que les choses commencent à se compliquer.

 

Premier constat: le film est en noir et blanc. Bonne initiative de la réalisatrice, qui explique qu’elle souhaitait attirer l’attention du spectateur sur les savoureux dialogues, écrits par Catherine Léger. La couleur aurait, selon moi, ôtée un peu de puissance au film, l’action prenant majoritairement place dans un magasin de jouets. De toute façon, les comédiens colorent déjà le film de leur performance juste, vraie et intègre. Quelle belle relève pour le cinéma Québécois! J’ai reconnu quelques visages (Claudia Bouvette, Anthony Therrien…) mais j’en ai aussi découvert des nouveaux, que j’ai bien aimés (Alex Godbout, Romane Denis…).

 

Deuxième constat: ça parle de sexe. Chez les ados. Au féminin, en plus. Pas très courant comme approche. Peut-être parce que la sexualité et le plaisir féminin ont été (sont encore) stigmatisés pendant des années et des années, aussi! On nous a parlé d’amour à tour de bras, on nous a nourries au fantasme du prince charmant, aux papillons dans l’estomac, aux feux d’artifice quand arrivera enfin le premier chaste baiser… Peut-être parce que c’était plus facile, moins gênant ou parce qu’aimer le sexe, «c’est une affaire de gars»… Je suis une fille de 17 ans, je sais de quoi je parle.

 

Charlotte a du fun met en lumière un fait que l’on a parfois tendance à nier: les filles passent par une phase «hormones dans le tapis». Et c’est correct! D’ailleurs, le côté féminin de la question se voit dans le scénario par la façon que les personnages ont de naviguer à travers ce nouvel aspect de leur existence. En effet, quand Charlotte se rend compte qu’elle pourrait bien être vue comme une «salope dans le mauvais sens du terme», elle est la première à se juger, à se punir. Elle se questionne sur le couple, l’amour, l’amitié, la liberté… On le fait aussi, par la même occasion. En plus, ce qui est beau, c’est que le film n’apporte aucune réponse, ni de leçon ou de morale. Pas un seul adulte, non plus! On assiste simplement au plongeon un peu maladroit que font des ados dans ce qu’on pourrait appeler «la vie d’adulte» sans avoir aucune idée de ce que ça implique. Ce n’est pas pour rien que la plupart des lieux dans le film sont reliés au jeu. Il y a le magasin de jouets, le terrain de jeu où les filles traînent où même un sex shop, où se déroule la toute première scène... En fait, c’est peut-être la meilleure façon pour les jeunes d’apprivoiser ce nouveau monde. Il n'y a pas trop de pression. Après tout, on joue tous au même jeu, parfois un peu sérieux, mais dont on est en train d’apprendre les règles et de choisir celles qui font notre affaire.

 

Je termine en vous recommandant chaudement ce film, à voir et revoir entre amis, mais également en famille. Au début, papa et maman seront peut-être un peu inconfortables dans leur fauteuil, mais ça ils se rappelleront ce que ça fait d’avoir seize ou dix-sept ans. Peut-être même que leur adolescence n’est pas aussi loin derrière eux qu’ils ne le croient.

 

 

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