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Chien de garde

April 1, 2018

Au début du mois de mars, la réalisatrice Sophie Dupuis a fait une entrée fracassante dans les salles de cinéma du Québec avec son tout premier long-métrage, Chien de garde. En ce long week-end de Pâques, ne vous contentez pas de vous bourrer de chocolat. Courez voir ce véritable tord-tripes tout en finesse et en sincérité avant qu’il ne quitte les cinémas!

 

 

Chien de garde est un film d’amour. D’amour fraternel, maternel, amoureux. D’amour douloureux, d’amour dangereux, par sa présence comme par son absence. C’est également un film de famille ou plutôt à propos de la famille. N’allez surtout pas le voir avec des jeunes enfants, car Chien de garde est aussi un film de violence. Celle qui s’abat sur JP (Jean-Simon Leduc), englué dans une situation familiale toxique qu’il peine à démêler. Il vit dans un minuscule appartement avec sa mère Joe (Maude Guérin), sa copine Mel (Claudel Laberge) et son frère Vincent (Théodore Pellerin). Les deux frères sont engagés par leur oncle Danny (Paul Ahmarani) pour collecter l’argent dans son réseau de trafic de drogue. Le tout est à peine fonctionnel, comme un vase brisé dont les morceaux auraient été collés avec de la colle en bâton. L’impact que provoque la première fissure survient lorsque Dany confie à JP une tâche trop cruelle. Peut-on échapper à son milieu d’origine? Est-ce qu’autoprotection est nécessairement synonyme d’abandon, d’égoïsme? Jusqu’où pourrions-nous aller par amour? Autant de questions auxquelles les personnages tentent tant bien que mal de trouver les réponses avant que les réponses ne les trouvent.

 

Une chose est certaine: Sophie Dupuis sait comment raconter ça, une histoire. Tout y est brillamment ficelé pour un récit au développement fluide et intelligent. Que ce soit par le scénario (écrit par la réalisatrice, d’ailleurs), la direction des acteurs, la mise en scène ou encore par la caméra elle-même, on peut constater que ce que Sophie Dupuis voulait avant tout raconter, c’est la nature animale de l’être humain. Elle a su filmer chacune de ses facettes avec une poésie à ce point viscérale et donc magnifique. Elle ne nous laisse jamais perdre de vue le titre du film, qui renvoie automatiquement à son thème. On voit les personnages se traiter comme des chiens, des yeux de chiens battus, un frère qui suit l’autre comme son chien de poche, des chefs de meute, de la soumission, de la dominance… À un moment, je me suis même surprise à penser: «Ça, c’est… chien». Mon cerveau de cinéphile était content, tout comme quand j’ai vu l’histoire arriver à un dénouement d’un simple jeu de focus et à bien d’autres occasions, qui m’ont permis d’admirer Sophie Dupuis broder pour rendre la laideur belle à regarder sans l’enjoliver pour autant.

 

Il m’est impossible d’écrire sur Chien de garde sans saluer la performance poignante des acteurs. Jean-Simon Leduc était touchant, bien qu’il n’était pas selon moi à son meilleur. D’un autre côté, toute bonne performance peut se trouver un brin éclipsée par d’autres performances exceptionnelles, comme celles de Maude Guérin et Théodore Pellerin. Ces deux-là m’auraient émue aux larmes à plusieurs reprises s’ils ne m’avaient pas d’abord autant impressionnée. J’en avais le souffle complètement coupé. Je n’ai pu recommencer à respirer qu’au générique de fin. Théodore Pellerin a démontré une grande intelligence dans la compréhension de son personnage, un jeune adulte hyperactif, hypersensible, bref… hyper. Il devait donc manier la théâtralité d’une manière infiniment précise, ce qu’il a réussi avec brio. Maude Guérin, fidèle à elle-même, passait comme une reine d’une facette à l’autre de son personnage complexe de mère aimante, mais orgueilleuse à qui la vie n’a laissé aucune chance. Ces deux acteurs de talent rayonnaient l’un grâce à l’autre. Pas étonnant que la critique les acclame autant!

 

Ce film vous dérangera-t-il? Peut-être. Vous bouleversera-t-il? Certainement, mais de cette manière bien spéciale qu’ont les cinéastes québécois de le faire de façon agréable. Une fois revenue de mes émotions, j’ai réalisé que Chien de garde est un exemple de ce que le cinéma québécois a de meilleur à offrir. C’est une oeuvre sans complexe, émouvante, qui transpire une urgence artistique que je n’ai jamais vue ailleurs. Offrons-nous ce cinéma, car il porte en lui une petite partie de chacun de nous. Ainsi, nous ferons en sorte que l’inspiration et la fougue des créateurs ne se tarissent jamais.

 

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