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Des oiseaux perchés observent le monde passé.

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Des oiseaux perchés observent le monde passé.

Pedro Ruiz, photojournaliste et cinéaste documentaire, a déjà dit de son travail qu’il est une « enquête sur la poétique de l’espace ». En questionnant la distance visible, l’isolement, le rapprochement, ils questionnent nos rapports humains. Se définir dans l’espace et par l’espace. C’est ce qui a motivé la conception de Sur les toits Havane, son dernier documentaire en date, sorti dans nos salles le vendredi 3 mai 2019.

 

Sur les toits Havane est un documentaire du réalisateur déjà connu pour La Dérive Douce d’un Enfant de Petit-Goâve de 2009. Financé à la fois par les fonds de la SODEC et par une campagne de socio financement Kickstarter, le film s’est déjà mérité le prix du jury du festival American Documentary Films de Palm Springs. Un prix qui témoigne du travail raffiné effectué avec cette œuvre qui relate les récits de victimes de la crise du logement à Cuba.

 

Une situation grave à la Havane, où plusieurs citoyens vont jusqu’à établir logis dans les ruines de bâtiments abandonnés. Rejeté de la société, ils sont nombreux à s’installer dans ces vestiges. Certains sont solitaires, d’autres emménagent en famille. Certains le font par choix, d’autres y sont contraints par pauvreté. Certains sont victimes de profilage, d’autres de discrimination basée sur l’orientation sexuelle. De l’éleveur de poulet à la première femme policière de l’histoire de Cuba, ces histoires et témoignages sont tout aussi uniques que foisonnants. Mais ils partagent un point commun : Chacun d’entre eux ont choisis de s’installer en hauteur, sur les toits de la Havane. Près de Dieu et des oiseaux, il célèbre une vie dans les nuages, loin des tracas politiques et économiques. Le film s’intéresse à la philosophie derrière ce choix à matière métaphorique au travers d’une série d’entrevues avec des personnages éclatés et des vies chargées de sagesse.  

La sensibilité humaniste de Pedro Ruiz transcende ce documentaire d’une grande beauté. Les récits de ces oiseaux perchés sont racontés au travers d’un monde qui semble en suspension. Le rythme est relâché et la mise en scène magnifiée par la vision de personnages tout aussi attachants que fascinants. C’est un plaisir de découvrir ces personnalités « libérées » et le regard détaché qu’ils portent sur la société qui bouillonne sous leur pied. Du haut de leur maison improvisée, ils se questionnent sur l’aliénation, le capitalisme émergent, les conséquences, le temps, le destin et bien plus. Certaines histoires sont touchantes. Mention spéciale à Jean Fugère (ex-journaliste de Radio-canada), dont le récit est raconté avec beaucoup de sérénité malgré la dureté du propos.

 

L’implication totale du réalisateur, qui est aussi directeur photo et responsable de l’étalonnage, assure une mise en scène visuelle des plus maîtrisées et frappantes de photogénie. Pedro Ruiz magnifie les infrastructures en décrépitudes de la Havane par tous les moyens possibles : les lumières sont chaleureuses, la composition est soignée, les couleurs sont variées et saturées. Le décor est traité comme le seul et vrai protagoniste. Il y a notamment plusieurs jeux de perspective qui transcrivent le regard de ces gens sur les quartiers, par exemple un réparateur d’électronique qui observe la ville au travers d’un cadre de télévision et, qui donc, la voit en noir et blanc. Le champ est parfois écrasé afin de faire cohabiter la ville et ses marginaux. Les plans sont longs, travaillés et retranscrivent avec une longueur assumée la routine bohémienne des toits. Fluide, beau et habile. La forme respecte le fond et l’illustre avec empathie. Si l’on peut accuser certains documentaires de quelque peu jouer avec les faits au nom de l’émotion et de la mise en scène (coucou Michael Moore), Sur les toits Havane lui se dévoue entièrement à ceux qu’il présente avec un amour contagieux.

 

Par l’architecture et « la poétique de l’espace », Pedro Ruiz réussi à nous faire rêver au rejet d’un monde effréné et à la deuxième chance. On regarde le temps qui passe et la manière dont on l’occupe. Si certains croient trouver avec Sur les toits Havane une recherche poussée sur les causes de la crise du logement à Cuba ou sur les changements économiques de l’île, ils risquent d’être déçus. Ce n’est pas l’intention ici. Cependant, l’humanité de ce documentaire, armée d’une mise en scène honorable et recherchée, propose quelque chose de plus personnel et nous invite, pour un instant, à se poser et respirer.

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