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Faire des perles avec des pinottes

 

En poste depuis le 30 juillet 2018 à la tête de Téléfilm Canada, Christa Dickenson est aujourd’hui au centre d’une tempête dans le milieu cinématographique québécois. Manque de financement, renvois inexpliqués, Absence quasi-totale de communication, le lien de confiance entre la nouvelle dirigeante et le milieu s’est vite brisé. Petit tour d’horizon. 

 

Fondé en 1967, Téléfilm Canada est d’abord et avant tout un organisme fédéral d'État spécialisé dans l’épanouissement et la promotion de l'industrie audiovisuelle canadienne. D’abord dévoué à l’industrie du cinéma, c’est un système de subventions financières qui s’élargit aujourd’hui aux industries canadiennes du cinéma, de la télévision et des médias émergents. Chaque année, des centaines de projets sont soumis dans l’espoir d’obtenir une participation financière.

 

Le système de production audiovisuel canadien est basé sur le financement public,comparativement au système américain qui est complètement privatisé.Le système tient le cap grâce à des associations entre partenaires des secteurs public et privé qui aident aux financements, développement et promotion de la culture audiovisuelle canadienne. 

Ce sont donc en grande partie ces subventions d’état, comme Téléfilm Canada ou la SODEC au provincial, qui font vivre l’industrie. Ils choisissent les projets qui profiteront de leur soutien à partir d’analyses et de conditions qui permettent de remplir le mandat de promotion de l’organisme. Un mandat qui évolue d’une année à l’autre sans que le budget ne bouge. On offre généralement une lettre de financement anticipé aux projets qui ont été approuvés. Les producteurs doivent alors remplir certaines conditions lors de la production afin que Téléfilm s’engage à fournir l’argent.  

 

Or, les ennuis ont débuté il y a quelques semaines alors que certains producteurs québécois dénoncent une enveloppe 2019-2020 alloué aux productions francophones minime. Pire : parce qu’ils n’ont toujours pas vus la couleur de l’argent promis (on parlait de 7,7 millions pour ladite année), certains craignent de devoir interrompe des tournages en cours ou des projets qui vont débuter.

 

Par la suite, Téléfilm Canada annonce le renvoi de trois dirigeants de l’organisme reconnus pour leur apport à la production francophone. C’est eux qui auraient promis 7,7 millions pour l’enveloppe 2019-2020.

 

Deux coups durs pour l’industrie francophone au Canada en peu de temps.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Ce n’est pas moins de neuf organismes culturels francophones différents qui dénoncent la situation via une lettre ouverte : l'Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l'image et du son (AQTIS), l'Association québécoise de la production médiatique (AQPM), l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), Québec Cinéma,  le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ), le Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec (RPICQ), la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SARTEC), la Table de concertation de l'industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale et l'Union des artistes (UDA).

 

Par la suite, le député de Longueuil Saint-Hubert Pierre Nantel, porte-parole en matière de culture pour le NPD, dépose une motion au patrimoine canadien afin d’inviter Téléfilm Canada à expliquer ces renvois.

 

La ministre québécoise de la culture, Mme Nathalie Roy, écrit ensuite au ministre du Patrimoine Pablo Rodriguez afin qu’il règle la situation le plus rapidement possible. Selon elle, « La participation financière de Téléfilm Canada est importante, pour ne pas dire nécessaire, pour assurer une production audiovisuelle de langue française ».

 

Au moment d’écrire ces mots, ni la responsable de Téléfilm Canada Christa Dickenson ni le ministre Rodriguez ne se sont prononcé sur la crise. Le second a toutefois mentionné qu’il pourrait intervenir dès cette semaine. 

 

Quel drôle de situation. Non pas qu’il y a matière à rire, loin de là.

 

Le cinéma québécois fait le beau temps de l’industrie canadienne depuis des années. Admiré et reconnu pour son identité forte et sa créativité, son aura dépasse le cadre provincial. Sur les 44 dernières années, ce n’est pas moins de 41 films québécois qui ont été sélectionné pour représenter le Canada aux Oscars (Atanarjuat, Water et A bullet in the head sont les exceptions). Il n’y a pas d’euphémisme à prétendre que le cinéma québécois est important à l’industrie canadienne au complète. 

 

Comparativement au reste du pays, le cinéma québécois est davantage affirmé. Le défi des productions anglophones au Canada est de se démarquer de nos voisins du sud dont l’hégémonie sur l’ensemble des écrans du monde ainsi que le système de financement privé amènent plusieurs artisans du milieu à s’y rattacher. C’est une question de langue et de culture. Ici-même, beaucoup confondent les productions anglo-canadiennes avec celles provenant des États-Unis. 

 

Si l’on compare les côtes d’écoutes de la télévision au Québec avec celle du reste du Canada, on voit bien que la culture audiovisuelle américaine diminue celle des anglophones d’ici. Pour la semaine du 15 avril au 21 avril 2019, Numéris a retenu pas moins de 25 émissions québécoises dans le top 30 au Québec. Si on exclut les nouvelles, le nombre revient à 22. À l’échelle nationale, ce sont 12 productions locales qui se retrouvent dans le top 30. La moitié de ces émissions sont les soirées du hockey (absente du palmarès au Québec) ainsi que les nouvelles. Des données qui certes ne ratissent pas bien large, mais lorsque qu’on passe en revue la majorité des données, on s’aperçoit que ce sont des moyennes soutenues au fil des semaines. Le défi d’affirmation et d’identité dans le domaine est énorme pour le Canada anglais. 

 

7,7 millions pour l’enveloppe 2019-2020, tel que promis par les directeurs remerciés, c’est déjà peu quand on y pense. À titre de comparaison, une grosse production comme Bon Cop Bad Cop a nécessité un budget de 8 millions. Chien de Garde, magnifique film de Sophie Dupuis et représentant du Canada aux Oscars en 2018, à coûter 1,5 millions. Il n’y a pas moyen de connaître l’apport de Téléfilm Canada au budget de ces deux productions, mais si l’enveloppe réelle pour 2019-2020 se chiffre en dessous de 7,7 millions, on peut comprendre que c’est finalement peu d’argent qui profitera à peu de ces nombreux projets soumis à chaque années, petits et grands.

 

La crise est présentement en cours. Téléfilm Canada ne s’est que très peu exprimé pour le moment et la réaction du ministre Rodriguez se fait toujours attendre. À moins d’une intervention de l’état ou du déblocage de fonds d’urgence, c’est une industrie nationale complète qui risque d’être handicapée pour l’année en cours. Des organismes comme celles-ci doivent savoir soutenir et reconnaître les créateurs pour les motivés et les stimulés. Il en va du bien-être de notre culture.

 

Pour le moment, on en fait trop peu dans l’ensemble du Canada. Trop peu pour valoriser un fleuron culturel national. 

 

François Berthiaume

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