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Critique Détective Pikachu : éviter le pire

Hitman, Super Mario Bros., Doom, Max Payne, Street Fighter, Mortal Kombat. Lorsqu’il est question d’adapter une franchise de jeux vidéo au cinéma, le résultat lorgne plus souvent du côté de l’échec ridicule que du succès mérité. Une diégèse cinématographique n’est pas une diégèse vidéoludique. Les studios ont toujours eu de la difficulté à cerner cette particularité. Héritier de ce lourd passé, Détective Pikachu réussit toutefois à s’y affranchir.

 

Réalisé par Rob Letterman (Goosebumps, Monsters vs Aliens, Shark Tale) et coproduit par Legendary studios, The Pokemon Company et le mythique studio japonais Toho, Détective Pikachu est le résultat d’une collaboration internationale qui témoigne d’un travail d’adaptation sérieux. L’univers si vaste de cette franchise de petits animaux fantastiques, aussi connue pour sa série animée, a permis au film de devenir l’adaptation de jeux vidéo ayant rapporté le plus lors de sa première fin de semaine d’exploitation. On y découvre un jeune vendeur d’assurance (Tim Goodman, interprété par Justice Smith) nouvellement arrivé à Ryme City, cité cosmopolite où humains et pokémons vivent en harmonie. Apprenant le décès de son père, il découvre un Pikachu amnésique dans son appartement ayant la capacité de communiquer clairement avec Tim. Reliés de mystérieuse façon à la disparition de son père, Détective Pikachu et Tim vont pouvoir utiliser cette anomalie pour enquêter sur un complot scientifique et global. 

 

Lors de l’annonce du projet, les amateurs se sont montrés confus par rapport au choix de l’adaptation. Plutôt que de transposer le récit central de la marque Pokémon (celui de la série animée par exemple), les studios ont préféré se concentrer sur un jeu vidéo spin-off  à la saga (qui exploite un des éléments secondaires d’une œuvre préexistante). L’avantage, c’est que le concept de Détective Pikachu permet d’arrimer à ce vaste univers singulier et foisonnant un genre précis et commun au cinéma depuis des décennies : le genre policier. Si les codes et gimmicks peuvent parfois être contraignants, cela permet ici de ne pas perdre le spectateur novice dans une mythologie dense. De plus, ancrer l’univers dans une certaine vraisemblance par ces codes permet de les détourner. Le résultat est simpliste et prévisible, mais offre suffisamment de plaisir. La scène d’interrogatoire d’un Mr Mime est à ce titre révélateur : la scène offre une esthétique connue (lumière braquée sur le suspect, bon/mauvais policier,etc.) et une progression narrative justifiée (la scène sert le récit) auquel l’étrangeté de cet univers profite à des fins humoristiques, parfois presque parodique.

 

Cette impression de détournement nous provient certainement du doublage de Ryan Reynolds en détective Pikachu, dont la performance peut sans mépris se résumer en un Deadpool pour la famille. Sa performance naïve et sarcastique adoubée par sa dynamique avec le personnage de Justice Smith le rend rapidement attachant. La même chose ne peut pas être dite du reste de la distribution qui, sans qu’elle soit aberrante, offre des performances peu inspirées.

 

La faute à une écriture un peu négligée pour les personnages. On comprend vite que ce sont les Pokémons les vraies stars du film. Par ces plans d’ensemble remplis de Bulbasar, une scène d’ouverture qui nous initie à la chasse aux pokémons et la pléthore de détails qui caractérisent la ville de Ryme City, le principal objectif de Détective Pikachu est de légitimer la diégèse de Pokémon et l’a transposé respectueusement à l’écran. Une entreprise louable, qui résulte en un hybride entre la fantaisie de Pokémon et le pragmatisme de notre monde contemporain. L’interdiction des combats de pokémon, devenu illégal, fait en sorte d’éviter les comparaisons douteuses avec la maltraitance des animaux tout en abordant le sujet. Ce que l’on accepte dans un jeu vidéo au nom de la jouabilité peut devenir risible dans une diégèse cinématographique, Super Mario Bros. L’a durement apprit il y a 26 ans. Heureusement, l’utilisation judicieuse de l’univers Pokémon évite cet écueil.

 

Néanmoins, il faut constater que certaines limitations techniques briment les possibilités créatives. Aujourd’hui, ce sont 807 pokémons qui ont été créés pour la franchise. Qu’on ne découvre qu’une soixantaine de ces créatures dans le film peut déranger. Notamment pour le climax final, qui n’offre aucune surprise par rapport à ce qui a été vu précédemment et recycle les mêmes figures. Pourtant, Ryme City est décrite comme la capitale cosmopolitaine où humains et pokémons cohabitent. Cette absence de diversité ne se fait pas sentir avant la deuxième partie, et c’est à ce moment qu’on constate que le film nous a déjà montré tous ses atouts en matière de pokémon.

 

Détective Pikachu est une réussite indéniable lorsqu’on le compare aux multiples adaptations poisseuses auxquels les amateurs de jeux vidéo sont habitués. Depuis le début des années 90, les développeurs de jeux vidéo ont préféré céder leurs droits aux studios de cinéma afin qu’ils adaptent leurs propres franchises, prétextant que ce sont eux les experts dans le domaine cinématographique. Or, c’est surestimer une bonne partie des grands producteurs de cinéma qui, visiblement, ne maîtrise pas le sujet et s’y intéresse peu. Ils préfèrent transformer un jeu vidéo adulé en un banal film de genre sans saveur. Aujourd’hui, non seulement est-ce que les développeurs de jeux sont impliqués dans le processus créatif, mais les artisans de ces films sont de jeunes joueurs des années 80 et 90 qui aiment Pokémon, Mario Bros et autres Metroid. Peut-être que le genre est en voie d’obtenir ses lettres de noblesse.

 

 

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