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Critique Booksmart : Le moment ou jamais

 

Dans le domaine de la représentativité, le cinéma grand public est un peu ce mauvais élève paresseux qui copie vaguement les meilleurs de sa classe pendant un examen. Il a les bonnes réponses, mais elles sont vides de sens et d’effort. L’actrice Olivia Wilde connait bien cette réalité, et elle compte livrer sa vision des choses avec Booksmart.

 

Depuis quelques temps, nombreuses sont les polémiques aux États-Unis qui ont dénoncé le manque de représentation des minorités ethnique et sexuelle au cinéma. Des #oscarssowhite jusqu’à Kanata et Slav chez nous, l’industrie est amenée à se conscientiser sur son influence dans le débat public. Des changements ont été amenés, mais souvent vides de sens ou sans effort. Pour ce qui est de la représentation féminine, cela se traduit par des protagonistes définis par leur genre plutôt que par une vraie personnalité (Rey dans la saga Star Wars, complètement vide) ou par la tutelle d’une franchise masculine préexistante pour inverser les mêmes codes de stigmatisation des genres et d’opposition (Ghosbusters, Ocean 8, etc). Les grands studios sont-ils si peu convaincus du succès d’un film égalitaire sérieux et original?

Réalisé par l’actrice Olivia Wilde, scénarisé par quatre femmes (Susanna Fogel, Emily Halpern, Sarah Haskins, Katie Silberman) et produit par Will Ferrell et Adam Mckay (Vice, The Big Short), Booksmart est une comédie du passage à la vie adulte (ou coming of age) dans la grande tradition américaine… mais renouvelée.

 

Amy (Kaitlyn Dever) et Molly (Beanie Fielstein) ont toujours été de bonnes premières de classe; sages et assidues, misant sur une future carrière rayonnante. Mais lorsque Molly apprend à la fin de l’année que ses collègues de classe fêtards vont tous fréquenter les mêmes prestigieuses universités, le duo décide de saisir ce moment charnière. La veille de la remise des diplômes, elles vivront les folies qu’elles n’ont jamais osées faire. Ainsi, leur voyage absurde pour rejoindre la fête de fin d’année sera parsemé d’embûches toutes plus grandiloquentes les unes que les autres, d’un meurtre et mystère psychédélique à la première expérience sexuelle.

 

Entre la candeur d’un John Hughes et l’humour d’un Judd Apatow, Olivia Wilde s’approprie les gimmicks du coming of age avec intelligence et dynamite tout ce qu’il y a de plus archétypaux dans ce genre. Particulièrement concernant les personnages, dont les traits de caractères sont grossis de sorte qu’ils en deviennent une satyre : le charmeur lourd, la blonde plantureuse, les « weirdos » (mention spéciale à Billie Lourd, hilarante), le directeur maladroit, etc. Des stéréotypes qui ne sont pourtant pas prévisibles, les scénaristes ayant pris le soin d’ajouter un élément perturbateur dans la personnalité de chacun d’entre eux pour les rendre vulnérables et vraisemblables. C’est ce talent d’écriture qui rend tous ces personnages aussi attachants, même les plus détestables. Le duo principal, qui nous transmet rire et larme avec précision, est porté par une chimie naturelle qui nous force à les aimer. Notons aussi le fait qu’il n’y a aucun antagoniste, évitant ainsi que la structure narrative ne tombe dans la simplicité.

 

Les thèmes abordés le sont avec sagesse et sensibilité. Les angoisses de l’adolescence, les complexes d’images, toutes ces problématiques que l’on retrouve dans l’ensemble de ces comédies sont ici reprises de façon nuancée. Pas question de tomber dans le mélodrame ni dans la moquerie insouciante, chaque personnages transportent son lot de problèmes sans toutefois que ceux-ci les définissent complètement. Pas question non plus de capitaliser sur la diversité. La protagoniste peut être homosexuelle sans que ce ne soit le centre du film, ni même une sous-intrigue. Pour un genre qui accorde une grande importance à la quête identitaire, Booksmart nous dit que l’identité n’est pas binaire, que nous ne sommes pas définis par une chose ou une autre mais plutôt par une multitude d’éléments. Dans un monde de plus en plus campé sur ses valeurs, il est rafraîchissant de voir un tel discours.

 

Booksmart est tout aussi créatif au niveau de sa forme rythmée et fluide. L’esthétique du vidéoclip a fortement influencé la mise en scène (normal, lorsqu’on sait qu’Olivia Wilde a réalisé quelques vidéoclips auparavant). Couleurs saturées, montage serré, jump cut, ralenti, lumière variée, on transmet l’image inconsciente que les jeunes posent sur leur microcosme qu’est l’école avec ces lois, son énergie, sa hiérarchie. À l’opposé, on a aussi  des plans séquences d’une grande émotion, qui nous laisse souffler dans l’ivresse de la soirée. On sent aussi une nostalgie de l’âge de la part de la réalisatrice. Adolescente des années 90, son influence donne parfois un ton intemporel au film. Les costumes, décors et quelques choix musicaux (You oughta know d’Alanis Morissette) rappellent une époque qui n’est pas celle du film. Ainsi, par quelques choix artistiques, on élargie les thématiques à plus d’une génération.

 

L’esthétisation peut être vue par moment comme abusive, notamment pour les chansons qui sont un peu trop nombreuses. Cela s’explique par une volonté de rythme et d’énergie, mais certaines scènes contiennent en elle tout le nécessaire afin de nous garder attentifs. Malgré tout, la démarche est louable et très efficace. Pour une première réalisation, Olivia Wilde prouve qu’elle n’a rien à envier à personne.

 

Rafraîchissant et attachant, Booksmart est plus intelligent que la majorité des productions qui abordent les mêmes sujets. Empathique et généreux, le film a été produit avec de bonnes intentions. Il reprend la discussion là où l’avait laissée Superbad de Greg Mottola en définissant une génération plus éclectique et diversifiée que jamais.  Avec ses contradictions, ses pulsions, ses insouciances, ses passions, son humanité.

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