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La Femme de mon frère : L’amour de ma famille

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Le premier film est souvent initiatique. Monia Chokri pose avec La femme de mon père la première pierre de ce qui a le potentiel de devenir un monument filmographique singulier dans le paysage québécois. Cette comédie existentielle n’échappe pas pour autant aux défauts récurrents des premiers films, mais cela ne nuit que peu au plaisir que procure le gagnant du prix coups de cœurs de Cannes 2019 dans la section Un certain regard.

 

Sofia (Anne-Elizabeth Bossé), post-doctorante sans emploi, habite chez Karim (Patrick Hivon) le temps de se replacer professionnellement. Ils sont un duo de frère et sœur particulier, avec leur univers et leurs références. Leur lien fraternel symbiotique est perturbé le jour où Karim fréquente Éloïse (Évelyne Brochu), la gynécologue de Sofia. À la manière d’une rupture amoureuse, Sofia doit faire le deuil du confort qu’elle avait adopté. La comédie pince-sans-rire de Monia Chokri est douce-amère. Son ton est bien trouvé mais son rythme n’est pas encore maîtrisé. Le film est symptomatique du premier long-métrage d’un cinéaste. Les idées formelles sont plus abouties que le contenu en soi. Il n’en reste pas moins un objet de cinéma intéressant.

 

Le meilleur d’abord : la mise en scène de La Femme de mon Frère surprend. Il y a de la personnalité dans la technique et de la suite dans les idées. Le montage (par Monia Chokri, notamment) est bourré de jump cut qui se moque de la mondanité, les couleurs entre le rose et le bleu s’amuse des notions de genre et les musiques pop-rétro ponctuent l’absurdité des situations banales. Il y a là l’utilisation d’un langage cinématographique clair qui injecte beaucoup de personnalité au film.

 

On ressent beaucoup d’influences : l’aspect rebelle de la Nouvelle Vague, l’humour de Jacques Tati, le kitsch de Xavier Dolan, le rythme d’À tout Prendre de Claude Jutra, la critique des intellectuels de Denis Arcand, etc. Nulle question de tomber dans l’imitation, ces souvenirs passent çà et là au courant du film sans jamais déranger. Il y a plutôt un plaisir esthétique à déceler les références dans le travail de Chokri.

 

Il faut aussi mentionner l’excellente performance des deux premiers rôles. Particulièrement Anne-Élizabeth Bossé, qui parvient à rendre attachante une trentenaire en crise potentiellement détestable. Son caractère maussade créé un contraste humoristique très amusant avec le monde qui l’entoure, comme une sorte d’anti Amélie Poulain.

 

Là où le film devient problématique, c’est lorsque la narration propose trop peu pour nous garder attentif. La première partie est rythmée tandis que la deuxième est mollasse. La faute à des intrigues qui n’aboutissent pas et d’autres qui ne sont pas suffisamment exploités.

 

Développer la relation entre Sofia et Éloïse ou les questionnements professionnels de la première auraient bénéficié au film. Mais en même temps, il accuse déjà certaines longueurs en 2 heures.

 

Il y a une faiblesse qu’on retrouve aussi dans certains dialogues qui sonne plus faux que la moyenne. Particulièrement en provenance de Patrick Hivon, qui tente parfois de sur-articuler chaque mot dans une blague sur sa profession de psychologue. Une idée trop timide et qui manque sa cible.

 

Force est de conclure que La Femme de mon Frère n’échappe pas aux problématiques d’un premier film. Il en reste un objet de cinéma brut qui nécessite d’être poli. Pourtant il y a déjà la manifestation d’un potentiel réel dans le langage cinématographique de Monia Chokri. Le film a une personnalité distincte malgré ses influences et on ne peut qu’espérer qu’elle le développe encore plus à l’avenir.

 

La Femme de mon Frère est disponible à Sherbrooke depuis le 07 Juin 2019 à la Maison du Cinéma.

 

François B.

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