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Critique The Dead Don’t Die : Ça va mal finir

August 21, 2019

 

 

Le dernier film de Jim Jarmusch est une comédie d’horreur méta qui déçoit davantage qu’elle n’amuse. Rien de nouveau par rapport à ce qui s’est produit dans le genre depuis les années 60 et rien de suffisamment intéressant pour justifier ce qui ressemble finalement à un simple exercice de style, une anecdote dans la filmographie d’un grand réalisateur.

 

 

The Dead Don’t Die raconte les mésaventures de deux policiers (Adam Driver et Bill Murray, duo improbable) d’une petite ville de campagne aux prises avec un problème de zombies. Ajoutons à cela un fermier raciste (Steve Buscemi), une Allemande délurée (Tilda Swinton, fascinante commme toujours), un groupe d’adolescent routards (notamment Selena Gomez), un nomade reclus dans la forêt (Tom Waits) et une panoplie de personnages qui subiront le retour des morts à défaut de pouvoir, peut-être, y survivre.

 

1968. George Romero introduit le monde aux morts-vivants moderne avec The Night of the Living Dead. L’œuvre de Romero est aujourd’hui culte et reconnu pour sa critique sociale inattendue et sa métaphore emblématique : les zombies sont des êtres errants sans conscience ni sensibilité qui cherchent constamment à se nourrir, des consommateurs affamés sans jugement victiment des dérives du capitalisme. Jim Jarmusch connaît bien cet héritage, dommage qu’il n’en retire que poussières, car The Dead Don’t Die n’exprime rien qui n’ait pas déjà été exprimé dans le genre. La métaphore est la même, à la différence que les zombies ont des cellulaires à la main et cherchent parfois le wifi.

 

Livrées par des acteurs talentueux, les performances sont surprenantes de neutralité. La plupart des personnages manquent d’émotions ou tout simplement de réaction face aux événements. C’est certainement une démarche artistique en soi que de vouloir réduire leur expressivité : c’est une façon de démontrer que les vivants sont eux aussi «morts», rendus cyniques par une saturation de sensationnalisme qui les a transformés en êtres blasés et pessimistes.

 

Cela sert aussi de ressort comique, particulièrement avec les nombreux moments où l’on abat le quatrième mur, mais les intentions ne sont pas forcément respectées. La démarche rappelle celle qu’a pu avoir Robert Bresson sans l’assumer complètement. Il faut dire que le fait que la distribution est composée de visages connus accentue l’étrangeté de leur performance et que la banalité du scénario n’aide pas le spectateur à s’investir autrement dans le film.

 

D’autant plus qu’à mesure que The Dead Don’t Die défile, on en vient à se demander quel est le but du film? Une énième critique de la société de consommation ? Une déconstruction du cinéma d’horreur ? Du cinéma de fiction ? Une comédie cynique? Une collection de références préférées de Jarmusch? Entre réflexion méta et satyre du genre, la surabondance d’influence manque de subtilité et donne au tout un ton involontairement prétentieux, comme si Jarmusch venait d’inventer le film de zombie qui se fait depuis des décennies.

 

Cette surabondance se reflète sur la forme du film. Il y a tellement d’idées de mise en scène différentes qu’on en vient confus : un personnage nous rappelle qu’il se trouve dans un film, La même chanson joue et rejoue pour appuyer son importance, non-respect des conventions de temps et de lumière, etc, la plupart sont à peine justifiés et l’exécution manque de contexte pour qu’on comprenne quel était l’idée de Jarmusch derrière ce film.

 

Après une première partie ennuyante où abonde ces idées et où le film s’éternise sur des sous-intrigues inutile (les enfants qui s’échappent d’un centre, absolument dispensable), la deuxième partie trouve quelques bonnes idées ici et là. Mais il est trop tard, la banale rigidité des premières quarante minutes nous a déjà perdus. D’autant plus que visuellement, il enchaîne les longs plans soigneusement composés et les effets visuels vieux de 15 ans, une inconsistance peu motivante.

 

Nul question ici de dépoussiéré un genre qui pourtant en avait de besoin. Non, on décide tout simplement de changer les apparences. Une démarche plus esthétique qu’artistique. Au final, on retient quelques plans ingénieux, quelques critiques bien trouvé malgré un propos réchauffé, une performance divertissante de la part de Tilda Swinton et une amusante référence à Star Wars par Adam Driver. Au-delà de cela, il est légitime de rester déçu face à une œuvre mineure dans la filmographie d’un cinéaste qui s’est déjà montré plus inspiré.

 

The Dead Don’t Die est disponible à Sherbrooke depuis le 14 Juin 2019 à la Maison du Cinéma.

 

François B.

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